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Consultation sur le rattachement aux équipes de recherche

Message de Paul Volsik

Le bureau de la SAES a été saisi de la question du rattachement des enseignants-chercheurs aux équipes de recherche. Nous joignons à ce sujet le courrier que notre collègue Karin Fischer nous a fait parvenir - nous l’en remercions. Le bureau de la SAES est très sensible aux problèmes multiples que crée la politique actuelle de la recherche, particulièrement en lettres et sciences humaines. Ces problèmes sont en grande partie liés à des décisions budgétaires, dont la logique épouse mal la dynamique des recherches en sciences humaines, et structurelles, qui nous poussent à constituer de grandes équipes généralistes ; mais ils sont également d’ordre scientifique et pratique, liés en partie à notre statut d’enseignants chercheurs. Les commissions de spécialité ont tendance, pour répondre aux besoins des formations, à recruter peu de chercheurs d’une même spécialité. Le résultat en est que des spécialistes de telle ou telle aire géographique, de telle ou telle époque, de tel ou tel champ de spécialisation (un genre en littérature, par exemple), ou de telle ou telle approche méthodologique (en économie, en cultural studies, en diachronie, par exemple) peuvent se trouver très isolés et confrontés à un besoin impératif de travailler avec des collègues d’autres universités.

Or, pour des raisons compréhensibles, à la fois financières et de prestige, les universités essaient dans toute la mesure du possible de voir leurs enseignants s’inscrire dans leur propre équipe d’accueil. L’attribution des missions et des sabbatiques peut dépendre d’une telle inscription. Or du point de vue de la recherche, d’un point de vue scientifique, il peut s’avérer nécessaire de faire aussi partie d’une équipe domiciliée dans une autre université. C’est cela qui rend difficilement acceptable, par exemple, l’obligation nouvellement faite aux chercheurs de garantir, lorsqu’ils remplissent leur fiche d’activité dans le cadre d’un dossier de demande de reconnaissance d’une unité de recherche, qu’ils n’appartiennent qu’à une seule équipe. En effet, on leur demande de terminer la fiche individuelle d’activité en signant l’attestation suivante : Je certifie n’être rattaché(e) qu’à une seule unité de recherche …. » .

Le bureau de la SAES lors de sa réunion d’octobre 2006 s’est étonné d’une telle obligation et a donc demandé à la commission de la recherche de mettre cette question à l’ordre du jour de sa réunion de janvier 2007. En amont, le bureau serait heureux de connaître votre point de vue sur cette question. Si vous souhaitez participer au débat, vous devez envoyer votre point de vue par courrier électronique à l’adresse suivante :
rattachement@saesfrance.org

Les messages des collègues sont rassemblés sur le site SAES (www.saesfrance.org) à la rubrique "Recherche / Consultation Rattachement" jusqu’au 6 janvier 2007.

Très cordialement, Paul VOLSIK (Vice-Président chargé de la recherche)

Message de Karin Fischer 29/09/2006

[...]

J’ai participé dernièrement à plusieurs réunions de groupes de recherche, à Orléans et à Caen, dans le cadre des nouvelles campagnes d’habilitation de ces groupes. J’appartenais jusqu’à présent au groupe de recherche Intertrad de l’université d’Orléans (70%), et au groupe de recherche en études irlandaises de l’université de Caen (30%).
Suite aux débats et conversations que j’ai pu avoir avec un certain nombre de collègues au cours de ces réunions, je m’adresse à vous et au Bureau de la SAES au sujet de l’obligation qui est maintenant faite aux enseignants-chercheurs de n’appartenir qu’à un seul groupe de recherche, et plus généralement au sujet des implications que la politique actuelle en matière de structuration et de financement de la recherche en lettres et sciences humaines a ou peut avoir sur notre travail collectif et individuel. Il me semble que c’est là un sujet qui mériterait un débat public au sein de la SAES, et je me demandais s’il serait possible d’évoquer le problème lors de la prochaine assemblée générale. Je me doute que ces questions ont déjà été évoquées dans diverses discussions et que je suis loin d’être la seule à me les poser, mais je me disais qu’il serait peut-être utile de les évoquer dans le cadre large de la SAES.

Je ne pourrai malheureusement être présente ce jour-là, et je me permets donc de détailler un peu le problème tel que je le vois à mon échelle (mais au-delà de ma situation personnelle, qui n’est pas la plus problématique) dans le présent message :

La fiche d’activité individuelle que nous devons remplir pour la demande d’habilitation de ces groupes le précise clairement. Toute affiliation secondaire devient "à titre informatif", et n’est donc plus reconnue ni prise en considération.

Or, à Orléans – et je suppose dans les autres universités ? –, pour la Présidence et pour son Conseil Scientifique (dont je fais partie), le chercheur n’est reconnu de fait que s’il est rattaché à un laboratoire de l’université. Cela se vérifie pour les organisations de colloque, mais aussi pour les demandes de congés pour recherche par exemple. Les instances dirigeantes ne semblent concevoir que le mode de recherche en sciences dures, et les nouvelles directives, plus restrictives, le confirment, remettant aujourd’hui en question le travail en réseau pourtant si riche et si nécessaire dans nos domaines.

Le fait que la double appartenance soit devenue statutairement impossible oblige me semble-t-il les chercheurs à se rattacher uniquement à leur laboratoire local, quelle qu’en soit la spécialité (on peut citer le cas particulièrement problématique de chercheurs "isolés" dans des universités spécialisées dans des domaines autres que le leur).

Parallèlement, les exigences ministérielles en matière de "masse critique" des groupes de recherche, (qui sont encore une fois les mêmes dans tous les domaines alors que l’intérêt intrinsèque de cette "masse critique" reste à démontrer à mon humble avis, particulièrement en sciences humaines) conduit dans de nombreuses universités à des rapprochements stratégiques entre différents groupes, rapprochements qui prennent le risque dans certains cas de nuire à la cohérence même du projet de recherche, tout en augmentant le nombre probable de chercheurs dont les intérêts de recherche ne rentrent pas bien dans le cadre du groupe auquel ils sont tenus d’appartenir.

Dans ce qui ressemble beaucoup à un cercle vicieux, ces nouveaux groupes prêtent alors le flanc aux critiques des experts chargés de leur évaluation au niveau ministériel, évaluation qui risquera de dévaloriser d’autant les groupes de recherche en lettres et sciences humaines aux yeux des Présidences d’Université...

Il existe probablement de nombreux groupes de recherche rattachés à une seule université qui fonctionnent tout à fait bien et n’ont pas de difficultés de cet ordre, mais même ceux-ci gagneraient à conserver ou attirer des chercheurs extérieurs, et il me semble que le problème se pose néanmoins pour beaucoup de groupes, et révèle un dysfonctionnement de fond en matière de structuration (et de financement) de la recherche. C’est la raison pour laquelle je vous adresse ce message.

Au cas où vous décideriez d’ouvrir le débat au niveau de la SAES et où ces interrogations rencontreraient un écho, peut-être serait-il envisageable de contacter d’autres organisations liées à la recherche en lettres et sciences humaines pour comparer les situations et le cas échéant engager une action commune ?

[...]

Bien cordialement,

Karin Fischer

Max Duperray, Université de Provence, 16 oct 2006
La question du rattachement secondaire à une autre équipe que la sienne est une question qui implique toute la politique de la recherche. Pour les autorités de tutelle, vraisemblablement, il s’agit de minimaliser l’étoffement des équipes hors les murs C’est un pas de plus vers la concentration. Tout doit susciter la formation de vastes équipes aussi uniformes que possible qui finissent par se confondre avec les départements et se structurent même parfois comme eux. Exclure la présence d’extérieurs ne pose plus, dès lors, de problèmes, puisqu’il y a pour eux peu d’incitation scientifique à se joindre à un projet généraliste. Les initiatives qui vont dans le sens de programmes novateurs, interdisciplinaires, méthodologiques ou autres, peu susceptibles de rassembler l’ensemble d’une communauté locale ou risquant de brouiller les cartes, sont découragées. Les directeurs de recherche sont invités à rester chez eux, à quelque cotutelle près. Ce localisme renforcé n’est pas de nature à favoriser les réseaux, échanges internationaux et autres programmes d’envergure que l’ensemble de la communauté appelle de ses vœux. Si les EA étaient plus conformes à des centres de recherche, c’est-à-dire plus spécifiques, à initiative locale sans doute, mais devant rassembler, sur le plan national au moins, ceux dont les orientations et les compétences sont utiles, voire indispensables à leur efficacité, les doubles appartenances deviendraient souhaitables, voire nécessaires. La possibilité d’une affiliation double devrait, en tout cas, être la soupape pour corriger le ’refermement’, à plus ou moins long terme, des équipes sur elles-mêmes, au moment où le discours d’ouverture prévaut sans mal un peu partout.

Max Duperray
Professeur à l’Université de Provence

Jacques POTHIER UVSQ 17 octobre 2006

Le message de Karin Fischer lance utilement le débat. Mais je plaide pour que nous nous adaptions à la règle de l’appartenance unique, et c’est possible.

L’obligation pour chaques enseignant-chercheur de n’émarger qu’à une équipe de recherche n’est pas nouvelle ; en fait on peut s’étonner qu’elle fasse encore débat. Elle s’explique facilement par l’objectif d’une gestion claire et équitable des deniers publics, ce qui n’est pas négligeable. Cette règle était la même dans les deux précédentes vagues de contractualisation dont je me suis occupé, et c’est logique : les crédits d’une équipe sont calculés par le ministère sur des critères quantitatifs : les chercheurs actifs de chaque équipe. Dès lors, chaque enseignant-chercheur, même extérieur, bénéficie de la dotation de l’équipe, et de celle-là seule, et c’est dans ce cadre qu’il insère une activité de recherche qui doit contribuer à la valorisation de cette équipe. Pas plus que dans les sciences dures, nous ne pouvons nous considérer comme des "chercheurs libéraux", nous sommes des salariés, mais nous bénéficions d’une liberté qui peut paraître étonnante, puisque notre employeur (l’Etat) nous laisse la liberté de désigner l’unité de recherche dans laquelle s’insère notre activité de recherche.

La conséquence de cet état de fait est que nous avons la possibilité de constituer des équipes à thématiques bien individualisée, dans laquelle certains chercheurs de l’établissement ne se retrouvent pas, mais qui peuvent en revanche attirer des collègues extérieurs qui de leur côté ne se retrouvent pas dans leurs équipes locales . Cela peut donner l’occasion de partenariats valorisants, y compris au niveau des formations.

Il y a des différences culturelles entre les pratiques des différentes disciplines. Dans beaucoup de disciplines, les spécialités de recherche sont bien entendu aussi pointues que chez nous, voire plus, mais les enseignants puvent intervenir sur un spectre plus large. Il est donc concevable que l’équipe de recherche disciplinaire locale ait une spécialité forte, alors que les étudiants bénéficient d’un enseignement diversifié.

Notre spécificité nous amène plutôt à un fonctionnement inverse : pluridisciplinarité locale des enseignants-chercheurs, possibilités d’équipes pluri-établissements, d’autant plus que notre champ de recherche n’exige nullement que nous travaillions sur place. Reste à expliquer aux CS d’établissement que les congés sabbatiques peuvent s’argumenter sur d’autres critères que la seule appartenance à une équipe locale.

Jacques Pothier

Philippe RAPATE Clermont Ferrand, 17 octobre 2006

Force est de constater, aujourd’hui, que les enseignants-chercheurs sont ’captifs’ de leurs universités. Je partage tout à fait le point de vue, et les difficultés, de Karin Fischer quant à la contrainte d’appartenir et de ne collaborer qu’à un seul laboratoire.

Dans mon cas, à Clermont-Ferrand, j’appartiens au LRL (Laboratoire de Recherche sur le Langage) qui propose les axes suivants :

- la construction de la signification dans l’activité langagière,
- le traitement informatique des langues naturelles,
- les environnements multimédia à base de connaissances pour une aide à l’apprentissage de la langue (en particulier, apprentissage de la lecture et apprentissage du Français Langue Étrangère et seconde).

Il est évident qu’un angliciste linguiste ne peut y trouver son compte et que, sauf pour quelques communications de type contrastif, il lui faudra aller chercher dans une autre université des axes plus proches de ses préoccupations d’angliciste. Je sais également, et c’est plus dramatique encore, que certains ne participent à aucun centre de recherche n’y trouvant pas d’axe soit en relation avec l’anglais soit avec leur spécialité.

Je pense que nous sommes nombreux dans ce cas et qu’une plus grande souplesse des textes à cet égard ne pourrait que contribuer à l’enrichissement de la recherche en France.

— 
Philippe RAPATEL

Trudy Bolter, Institut d’études politiques de Bordeaux

Ce problème est aggravé (beaucoup le sont !) par l’atypie des chercheurs.Qualifiée comme professeur en 11ème section (cinéma américain) j’enseigne le cinéma américain en 18e section (Arts du spectacle) et l’histoire et la civilisation des Etats unis dans l’université pluridisciplinaire où je suis en poste, l’Institut d’études politiques de Bordeaux (Bordeaux IV) qui n’héberge aucun groupe susceptible de me convenir. Mon domaine de recherche "cinéma" est lui-même pluridisciplinaire, "comparatif", et international. L ’objet d’étude change de nature en fonction du bilinguisme (ou non) des chercheurs et les orientations des groupes de recherche, il serait d’ailleurs difficile de l’aborder sans prendre en compte les aspects contextualisants que donnent les études de la littérature, de tous les autres arts mères et soeurs du cinéma, de la civilisation, de l’histoire des idées, des cultural studies, de la sémiologie, la psychanalyse, la sociologie........même les histoires de l’économie et de la technologie- la liste n’est pas limitative : toutes les approches jettent des lumières utiles et stimulantes. Ravie par le caractère multiforme voire anamorphique de mon domaine de recherche inépuisable, j’affirme le caractère difficile, problématique d’un rattachement unique qui risquerait de resserrer les horizons,boucher les chemins de l’imagination, et en fin de compte faire stagner les recherches qui pourraient être étouffées par des compartiments trop rigides.
Trudy Bolter

Professeur des universités (11ème section)

Institut d’études politiques de Bordeaux

Susan Trouvé-Finding

Le prêt-à-porter industriel ou le l’atelier de confection artisanale.

Le débat sur le rattachement des enseignants-chercheurs à un seul laboratoire inspire un certain nombre de remarques qui viennent renforcer celles faites par Karine Fischer dans son mail. Ce débat, directement issu des questions posées par la réforme des maquettes d’enseignement, par l’adossement des formations à des équipes de recherche, louable en soi, est le résultat de l’incompréhension du fonctionnement de la recherche en lettres et en sciences humaines, et relève de la division entre deux mondes, deux modèles. Les nouvelles directives semblent inspirées par le fonctionnement des laboratoires dans les sciences dures. Faut-il rappeler le débat sur les deux cultures lancé par C. P. Snow il y a quarante ans ? Lors de réunions au sein des instances d’écoles doctorales, combien sommes-nous à avoir souligné la difficulté, par exemple, pour nous,
linguistes ou sociologues, de distribuer des sujets de recherche tout prêts aux doctorants, comme en font les collègues dans des laboratoires proches des sciences dites dures, à avoir fait valoir que l’étudiant vient nous proposer son sujet, et non l’inverse.

Les incohérences dans la politique actuelle, disparaissent si on se place dans l’optique du modèle adopté par le ministère, emprunté au fonctionnement des laboratoires chez les « scientifiques ». Les implications à terme sont le renforcement des pôles d’excellence de chaque université, la fermeture des laboratoires et des filières non ’performants’, une mobilité accrue des enseignants-chercheurs sur le modèle du privé, la décapitation des départements qui se verront amputés de possibilités d’évolution de carrière, d’ambitions nationales, de formation de chercheurs. Qui plus est, cela mènera, à terme, à l’impossibilité d’une interdisciplinarité complémentaire en dehors des grands axes décidés par les universités (pôles d’excellence), et donc, empêchera l’émergence dans des facultés de taille moyenne de recherche innovante, alors que c’est souvent précisément là que les contraintes de taille obligent les chercheurs à chercher des partenaires en dehors de leur champ disciplinaire et à s’ouvrir aux disciplines connexes.

Susan Trouvé-Finding (Dr)
MIMMOC (EA 3812)
Senior Lecturer in British Studies
University of Poitiers
Faculté des Lettres et Langues
95 ave du Recteur Pineau
86022 Poitiers Cedex
France

Jean-Paul Révauger Bx 3

Il est très difficile d’imaginer un système qui soit adapté à des universités de taille différente, car toute solution aura des effets pervers.

L’objectif devrait être de trouver le type d’organisation qui entraine une augmentation et une amélioration qualitative de la production scientifique.

Cette logique veut donc que les collègues soient encouragés à participer à des centres et à des axes ciblés, correspondant vraiment à leur logique scientifique, même si ce centre est extérieur à leur université ou à leur département. Si ces collègues sont appréciés, ils n ’auront aucune difficulté à obtenir des financements pour leurs missions, et une aide pour monter des projets . Leur recommander de rester membres d’un centre moins ciblé, plus généraliste, et plus local n’est pas une bonne idée.

L’appartenance multiple n’a pas de sens. Encore faut il que quand ces collègues organisent un colloque dans leurs murs, ils puissent bénéficier du BQR de leur université.

Il existe également chez nous un courant favorable aux équipes généralistes, regroupant toutes les composantes de "l’anglistique". Il y a des arguments en faveur de cette option, que je ne partage pas. C’est un choix qui n’empêche pas les collègues de participer ponctuellement à des opérations de recherche pilotées par d’autres instances. Toutefois, dans ce cas là non plus, l’appartenance multiple ne se justifie pas. En effet, l’appartenance implique non seulement de produire, mais de participer activement à l’animation d’un axe de recherche. On ne peut pas sérieusement animer des travaux dans plusieurs centres, car les journées ont 24 heures. On voit trop souvent des appartenances formelles qui ne recouvrent aucune réalité...
La recherche ne doit pas obéir à des considérations d’aménagement du territoire.

Jean-Paul Revauger
Universite de Bordeaux III

Serge Ricard Paris 3

Il me semble que la double appartenance n’a jamais été statutairement possible. Le rattachement a titre secondaire a toujours été toléré et n’est jamais entré dans le décompte par le Ministère des "points chercheurs" pour l’équipe choisie à ce titre. Depuis de nombreuses années, seuls les rattachements principaux, et les doctorants des collègues concernés (point ô combien important !), sont comptabilisés pour l’attribution des crédits recherche.

Que l’on me pardonne de citer ce que j’écrivais à propos de la civilisation américaine (mais qui vaut pour d’autres secteurs) dans le livre blanc de la SAES sur la recherche (2001) :

"La civilisation américaine a joué un rôle considérable dans cet essor, comme l’atteste un foisonnement de publications - individuelles ou collectives - de qualité, mais force est de constater que la structuration globalisante de la recherche imposée aujourd’hui par le Ministère ne lui accorde pas la place qu’elle mérite et la réduit à la portion congrue. L’enquête de la S.A.E.S. fait bien apparaître que la mode est aux thèmes unificateurs, aussi artificiels qu’ils puissent être, et que la consigne de transversalité conduit à la création d’équipes d’accueil « fourre-tout ».

Bien que fragmentaires, les données collectées par notre société savante montre que la civilisation américaine fait les frais de cette politique totalisante. Oserait-on imposer en science un regroupement de tous les physiciens dans un même laboratoire ? C’est pourtant ce à quoi l’on astreint souvent les anglicistes de la 11e section au mépris de leur pluridisciplinarité, et au risque d’étouffer la spécificité de nombreux champs de recherche. Or les chercheurs ont autant besoin de reconnaissance que de moyens financiers. La civilisation des Etats-Unis est perdante dans les deux cas."

Ce qui me paraît tout aussi choquant c’est la pression exercée par les universités sur leurs enseignants-chercheurs pour les garder dans leur giron, au mépris des réalités scientifiques.

Serge Ricard
Professeur de civilisation américaine

Sorbonne Nouvelle (Université Paris III)

Judith Misrahi-Barak, Montpellier 3

Le problème est particulièrement aigu pour les petits centres de recherches, même ceux qui appartiennent à une grosse équipe d’accueil, comme c’est le cas du Cerpac, EA 741 Etudes Anglophones à Montpellier III. Nous ne sommes que 2 membres permanents (Michèle Lurdos et moi-même) et avons "perdu" deux collègues qui auraient bien aimé être rattachés au Cerpac puisque c’était dans la continuité logique de leur recherche mais qui ont cédé aux pressions (toujours subtiles) de leurs universités respectives. Bien sûr, ils sont Membres Associés, mais cela ne veut pas dire grand-chose étant donné que les membres associés ne sont pas comptabilisés en tant que membres par le Ministère.
Il faudrait soit pouvoir se faire comptabiliser comme membres associés, soit pouvoir appartenir à au moins deux équipes d’accueil.

Bien cordialement,
Judith Misrahi-Barak
Cerpac
Maître de Conférences, Montpellier III

Ritta Blum, Nice

Cher(e)s collegues,

Cette regle existe depuis des annees deja.

Cordialement, Riitta Blum

Riitta Välimaa-Blum
Université de Nice

Didier Lasalle

Chers Collègues,

Je partage en grande partie les inquiétudes de notre collègue Karin Fischer pour l’avenir de la recherche dans nos disciplines. Il me semble, en effet, que tout chercheur devrait pouvoir opter pour un rattachement thématique et national, plutôt qu’essentiellement géographique comme c’est aujourd’hui le cas (ce qui pénalise considérablement les collègues en poste dans les petites universités). Un tel rattachement aurait pour avantage d’augmenter considérablement la masse de chercheurs dans une thématique particulière, et par là même d’accroître considérablement leur visibilité scientifique internationale (puisque que c’est, parait-il, l’un des problèmes des universités françaises !).

Bien à vous,

Didier Lassalle

Hervé Fourtina
PR Bx 3

Dir (jusqu’au 1/1/07) de l’EA LCE 537, dont la partie "dirigeante (GERB - moi-même) a(vait) pour partenaires un groupe de germanistes, un de slavisants, un de chinois et ext. Orient.

Par la re-structuration effectuée cette année, et au début (2007) du nouveau plan quadriennal), nous avons choisi (parmi d’autres solutions) de nous regrouper entre anglicistes (britannistes et américanistes) au sein de CLIMAS, qui inclura le GERB et le CLAN, et dont le responsable (EA) sera notre ami américaniste Y-C. Grandjeat. Scientifiquement, humainement, pas de problème ; mais, effectivement, administrativement difficile : beaucoup de collègues ont quitté le GERB (je suis le seul PR), comme d’autres équipes, pour rejoindre d’autres équipes plus proches de leurs intérêts. Ils restent , en principe, "amis du GERB", mais. Beaucoup de complication aussi au niveau des thésards (et donc frais de thèses, missions, etc.):les thésards inscrits au GERB, ou ailleurs, avant le départ de leur directeur, restent OBLIGATOIREMENT (ce qui est peu connu) dans l’équipe.... alors même que leur directeur a "choisi" de partir.

La "seule équipe" d’appartenance ME (personnellement) gêne, ou me handicape, comme la plupart de mes La restructuration a du bon, et du gênant. Où, ultimement, sont les chercheurs ? Pas facile à savoir précisément. PLUS : je trouve l’exclusion (fiches écartées) des PR émérites très étrange et injuste, alors même qu’ils publient, dirigent des travaux, etc.
Pardon pour ce style télégraphique : grippe. A vos vaccins, de tous types.

Cordialement, merci pour cette enquête,

HF (Dir GERB in CLIMAS, très bientôt)

Jean-Pierre Simard, Saint-Etienne

Bonjour à tou-te-s

Je partage pleinement le point de vue liminaire proposé par le bureau en
ouverture du présent forum.

Il me semble que ces restrictions sont injustement justifiées au nom d’une
visibilité internationale selon des modes de classement suspect établies par
diverses revues généralistes françaises ou surtout américaines. Mais nos
travaux et partenariats internationaux nous offrent un autre mode de
visibilité non évaluable selon de tels critères de rentabilité scientifique.
Nous pourrions très nombreux en témoigner. Ces restrictions aggravées sont surtout le reflet d’une attaque sans précédent contre la recherche
fondamentale publique au profit de la recherche appliquée et sa cohorte
d’accords de transfert productif qui bien évidemment ne nous concernent pas. C’est aussi lié à la dépréciation, fort ancienne certes, des études en
Lettres et sciences humaines (voir les moyens attribués à nos formations
comparées aux sciences dures, universitaires ou en écoles d’ingénieurs, avec les promesses gouvernementales il y a trois ans de modifier les critères San Remo, sans effet réel) contre laquelle il faut hausser le ton de nouveau me semble-t-il. Moins de moyens implique notamment un taux d’encadrement très défavorable, donc moins de postes d’enseignants chercheurs dans nos disciplines par rapport au nombre d’étudiants, avec par conséquent des équipes de recherche potentiellement plus étriquées ou fragiles. Il me semble donc nécessaire d’affirmer tant notre opposition à cette inscription unique, en proposant (exigeant ?) une double inscription
possible, mais aussi en proposant la reconnaissance de formes d’association transversales regroupant dans plusieurs universités, sous diverses formes, les chercheurs isolés au sein d’un centre pluridisciplinaire, ou les membres de mini équipes thématiques locales. C’est crucial, notamment, pour les spécialités rares et ne permettant pas la constitution d’une équipe locale identifiable.

Tous ces chercheurs plus ou moins isolés devraient pouvoir faire prendre en compte institutionnellement leur association par des partenariats entre les centres dont ils relèvent, mais également entre équipes thématiques locales ou transversales ainsi constituées et sociétés savantes (notamment toutes les sociétés filles de la SAES qui organisent des colloques, des échanges autour des travaux de recherches de leurs membres et en publient le fruit dans des revues reconnues. De même, les échanges entre certaines d’entre elles (équipes ou sociétés), associées à des collègues anglo-saxons (dans leurs équipes locales ou non), devraient pouvoir trouver leur inscription légale dans notre profil de recherche. Les possibilités que j’évoque ici existent certes, virtuellement.

Cependant, il est clair que les démarches à entreprendre sont exagérément multipliées : lourdeur des dossiers à monter, navettes indispensables entre présidents d’établissements et/ou directeurs de centres sous leur couvert, puis avec les institutions régionales (de plus en plus présentes avec le désir d’orienter les critères d’attribution, donc le contenu même des projets de recherche à terme) ou européennes tatillonnes etc... avec souvent, en fin de parcours, l’absence de certitude de reconnaissance et surtout de financement. Ces obstacles nous transforment en administrateurs et quêteurs de subsides à plein temps, au détriment du travail de recherche et de formation lui-même. Ils rendent dès lors de telles tentatives aléatoires et découragent un grand nombre de chercheurs intéressés par des ouvertures nationales, régionales ou internationales.

Jean-Pierre Simard, professeur, UJM Saint-Étienne.

Jean Berton, Saint-Etienne

Chers Collègues,

Je me trouve dans cette situation inconfortable de devoir faire partie
d’un seul groupe de recherche appartenant à un laboratoire d’une petite
université alors que mon domaine de recherche est trop pointu (la
littérature de la "frange celtique" en Ecosse du XIXe au XXIe siècle) pour
s’intégrer naturellement dans un laboratoire de recherche
pluridisciplinaire. J’ai choisi le groupe de recherche le moins éloigné de
ma "spécialité" tout en sachant que ma participation sera minime. Je fais
néanmoins partie d’une "société savante" en Etudes Ecossaises.
Dans quelle mesure une appartenance à une (ou plusieurs) société savante
nationale peut-elle compenser une inscription contrainte dans un laboratoire de recherche où l’on peut se sentir étranger ?

Bien cordialement à tous,

Jean BERTON, Université de Saint-Etienne.

Alain DESCHAMPS

Professeur à l’Université Paris 7 - Denis Diderot

Directeur de l’EA 3967 (linguistique anglaise) 4 janvier 2007

Contribution au débat sur le double rattachement.

Le double rattachement des chercheurs en lettres et sciences humaines est un fait, lié au morcellement des disciplines et à l’hétérogénéité de la plupart des équipes, notamment dans les universités moins bien encadrées en enseignants-chercheurs. Dans beaucoup de cas, ces chercheurs sont amenés à se rattacher d’abord à une équipe (ou à l’équipe) susceptible d’accueillir les anglicistes à l’intérieur de leur université, rattachement souvent vital pour la survie de certaines équipes d’accueil pluridisciplinaires.

En face de cette situation administrative officielle, de nombreux chercheurs effectuent leurs activités de recherche ou une partie importante de ces activités dans un autre cadre plus homogène en liaison avec leur spécialité. C’est souvent dans ce cadre que leurs communications et leurs publications trouvent leur place. C’est notamment le cas en linguistique anglaise où la dispersion des chercheurs liée au faible nombre de postes magistraux dans la spécialité fait que les équipes existantes regroupent très souvent autant voire plus de chercheurs extérieurs que de titulaires de l’université siège de l’équipe. Cette situation est très mal reconnue et acceptée par le ministère qui ne voit les choses que sous l’angle de la gestion comptable et refuse de prendre en compte la double appartenance.

Il appartient donc à la SAES de faire reconnaître cette réalité et non d’aller dans le sens du ministère en ne tenant pas compte de cette dualité vitale pour des pans entiers de la recherche universitaire. Il en va de la survie des structures de recherche qui fédèrent une bonne partie des spécialités variées des anglicistes.

Alain Deschamps










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